2ème Rencontre Internationale de Douala

25-26 Novembre 2019 – Fondation AfricAvenir International, Bonabéri-Douala

Restitution de la mémoire collective africaine, source de l’innovation d’une Afrique en marche

Le Cameroun profond témoigne et alerte

DOCUMENT DE BASE DE CES 38 ANS DE RECHERCHE-ACTION

  • Du choc personnel à la recherche fondamentale sur l’extraversion des savoirs en Afrique des indépendances

Venant de l’Université de Lyon II/ France en octobre 1979 où j’enseignais en Etudes germaniques, en Histoire et en Sciences politiques, je prends du service à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l’Université de Yaoundé à Ngoa Ekele, avec pour mission de créer un Département d’Etudes Germaniques. Le tour des enseignements qui m’intéressent à cette université est vite fait, et je me retrouve devant un constat ahurissant : presque tous mes collègues ne citent que les auteurs occidentaux, surtout français, quelque fois américains ou britanniques, allemands pour mon département d’affectation. Je pose maintes fois la question : mais où sont les auteurs africains dans vos différentes disciplines comme repères scientifiques du terroir ? « Il n’y en a pas », c’est la réponse qui souvent m’est servie. Las d’entendre cela, je réunie des collègues historiens, germanistes, anthropologues, plus tard aussi économistes, et nous décidons de parcourir le Cameroun du nord au sud, de l’est à l’ouest pour interroger les vieux témoins camerounais qui ont vécu l’arrivée des premiers colons allemands sur leur territoire. Comment se présentait leur localité avant l’arrivée des Européens, quel a été le choc de la rencontre, et comment les Allemands ont-ils réussi à imposer leur système en administration, économie, éducation, commerce, religion, santé, vie quotidienne dans notre espace ?

Par exemple, comment l’école allemande fut-elle introduite chez nous ? Le pasteur ou le prêtre qui ouvre son école dans une localité recense les absents. Puis appelle la police. Les deux se rendent au domicile de l’enfant absent. C’est le père qu’ils cherchent. La police l’attrape, le déshabille, et l’enfant assiste à la séance de « 25 coups de fouets sur les fesses nues » de son père, devant tout le public de Buéa. A Yaoundé, c’était 75 coups de fouet. Aucun enfant ne manquera plus à l’appel. L’école européenne deviendra une institution sur l’ensemble du territoire. A Edéa, le chef doit fournir des volontaires pour les travaux du chemin de fer. Trop de morts enregistrés pour ce travail. Peu de volontaires pour partir. Alors, le commandant allemand réunit de force les hommes du village. Il pend neuf à la fois. Il redemande s’il y a des volontaires pour partir. Tout le monde s’aligne. Ce que ces vieux nous racontent donne froid au dos. On ne nous l’avait jamais dit, nous ne l’avions lu nulle part. Il faudra pourtant récolter ces informations, avec patience.

  • Colloque international sur « Cent ans de relations entre l’Afrique et les Allemagnes 1884-1984 : le Cas du Cameroun ».

De 1981 à 1986, nous enregistrerons 176 interviews de très vieux Camerounais, authentiques témoins de l’histoire. Le financement fut assuré par l’Institut des Sciences Humaines à Yaoundé. Du 8 au 14 avril 1985, notre « Groupe de recherche interdisciplinaire Souvenirs de l’époque allemande au Cameroun » organise à l’Université de Yaoundé un colloque international sur « Cent ans de relations entre l’Afrique et les Allemagnes 1884-1984 : le Cas du Cameroun ». Les premiers invités sont les vieux témoins camerounais âgés de plus de cent ans comme Papa Lambe Robinson de Buéa, d’autres qui n’ont pas encore atteint la centaine comme Papa Epee Alexandre, de Kribi, Njifenkoudap André, Modibo Bassoro de Garoua, Njokoué André, Else Puttkammer, fille de l’ancien gouverneur allemand, Kenayou Loth, Essomba Jean, Ngouomfoyuom Elise de la région du Centre et du Sud. Des sommités internationales les écouteront pendant toute une après-midi : les professeurs Wolfgang Mommsen, Leonhard Harding, Helmuth Bley de l’Allemagne Fédérale, Helmuth Stoecker de l’Allemagne Démocratique, Sadji Amadou Booker du Sénégal, Oloukpona Yinnon du Togo, Michel Gneba Kokora et Kouame Kouassi de Côte d’Ivoire, Mbodj Mohamed d’Egypte, Ralph Austen des USA, Laburthe Tolra de France, et tant d’autres chercheurs de renommée. La SWAPO de Namibie encore en lutte pour l’indépendance sera représentée par Nguno Wakolele. Les conférenciers camerounais autour de Kum’a Ndumbe III étaient les professeurs Martin Njeuma, Kange Ewane, Madiba Essiben, Gomsu Joseph, Simo David, Ebobisse Carl, Mbassi Joseph, Yalla Eballa, Bah Thierno, Sah Leonard et bien d’autres.

 Cameroon Tribune mettra à la une : « Fin du colloque Cameroun-Allemagnes – Un Succès scientifique et diplomatique – La participation des vieux sages félicitée » ou encore « German-Cameroon era - Centenarians give testimony ». La Présidence de la République du Cameroun avait pris le gros des frais en charge, avec une participation de l’Université de Yaoundé et du Ministère de l’Information et de la Culture. Alors, après le colloque ? Le gros du travail restait à faire : digitaliser les interviews pour les sauvegarder, transcrire dans la langue camerounaise du vieux-témoin de l’histoire, traduire en français, puis en anglais, puis en allemand. L’Institut des Sciences Humaines qui portait financièrement le projet fermera cependant ses portes, et le travail s’arrêtera, faute de support financier. Depuis surtout 1992, c’est comme si toutes les portes au Cameroun se fermaient pour ce projet. La Fondation AfricAvenir International prendra la relève et conservera pendant de longues années les documents sonores des Vieux camerounais.

  • Digitalisation, transcription et traduction des savoirs des Vieux Camerounais lors du premier choc colonial

Il faudra attendre 2015, pour qu’à l’occasion d’une invitation de la fondation allemande Gerda Henkel Stiftung qui présentait son programme de bourses de doctorat pour les jeunes Africains à l’Ambassade d’Afrique du Sud à Berlin, des pourparlers s’engagent entre le Président de cette fondation, Dr Michael Hanssler et le Prince Kum’a Ndumbe III. Un accord sera signé pour une collaboration de 3 ans, plus tard, une quatrième année prolongera les travaux du projet. Une chance entraînant une autre, les archives phonographiques de Vienne nous offriront la possibilité de chercher elles-mêmes des fonds pour digitaliser les 132 cassettes camerounaises que nous avions pu sauver de l’humidité et des rongeurs. La première rencontre internationale de Douala (RID), sera organisée au siège de la Fondation AfricAvenir International à Bonabéri du 29 février au 03 mars 2016, en présence du gouvernement camerounais et de la Gerda Henkel Stiftung. L’ancien Ministre des Arts et de la Culture Narcisse Mouelle Kombi ouvrira la rencontre.

7 à 9 livres devaient être publiés contenant ces interviews. Nous avions tous sous-estimé l’ampleur du travail. Il fallait d’abord trouver des linguistes camerounais compétents pour transcrire fidèlement les 20 langues camerounaises des interviews. Nous chercherons par exemple pendant trois ans un linguiste capable de traduire une variante disparue de la langue medumba ! Au lieu de 7 volumes, la barre de dix est franchie, pour la rencontre de novembre 2019, nous comptons présenter 20 volumes. Et sans se décourager, nous affrontons la réalité qui veut que pour terminer ce travail, il faudra bien publier 40 volumes en tout, puis les traduire en anglais, et en allemand. Donc 120 volumes en tout dans les 20 langues camerounaises et les trois langues étrangères. Le partenaire allemand Gerda Henkel Stiftung a déjà assez fait, en nous soutenant pendant 4 ans. Les résultats sont palpables, disponibles, mais il faut terminer ce travail. Sauvegarder la mémoire de chacun de ces Vieux. Ne pas se décourager, interpeller le gouvernement camerounais qu’il ne peut pas rester indifférent devant ce projet majeur de la reconstitution de la mémoire collective camerounaise, source primordiale de l’innovation d’une Afrique en marche. L’histoire camerounaise racontée en 20 langues camerounaises par les Camerounais eux-mêmes, témoins de l’histoire, sans aucune censure. Une première, la plupart des pays africains n’ayant pas pensé à temps à faire ce travail avec ceux des citoyens qui ont vécu le premier choc colonial de 1884 à 1935. Y a-t-il, à côté du gouvernement, des institutions privées, des personnes sponsors, pour soutenir actuellement ce gigantesque héritage de nos ancêtres et le mettre à la disposition des citoyens du monde d’aujourd’hui ? Ce n’est pas seulement l’histoire du Cameroun qui est réécrite par ces témoignages, mais aussi l’histoire des relations internationales avec l’Afrique, donc aussi l’histoire de l’Europe qui est revisitée par des témoins africains.

 

  • Bibliothèque Cheikh Anta Diop et Ecole Doctorale/PhD « Heritage & Innovation »

Parallèlement au travail de transcription, traduction et publication, nous avons réhabilité avec le soutien de la Gerda Henkel Stiftung dans le cadre de ce projet environ 300 très vieux livres abîmés de la Bibliothèque Cheikh Anta Diop sur la période coloniale allemande au Cameroun, livres publiés entre 1884 et 1935. Là aussi, nous avons cherché pendant 3 ans avant de trouver un professionnel camerounais capable de réhabiliter ces livres au Cameroun. Le travail de la Bibliothèque Cheikh Anta Diop aura une place de choix lors des rencontres des 25 et 26 octobre 2019.

« Héritage & Innovation », tel est l’intitulé de l’Ecole doctorale crée au sein de la fondation AfricAvenir International grâce au soutien de la Gerda Henkel Stiftung, avec des professeurs des Universités de Yaoundé I, Yaoundé II, Douala, Dakar (Cheikh Anta Diop), Bouaké (Côte d’Ivoire), Aix-en Provence, Paris-Sorbonne, Paris-Panthéon-Assas, Paris-Nanterre. Notre leitmotiv : mettre à la disposition des jeunes chercheurs les acquis scientifiques proprement africains dans leur champ d’investigation. Que le juriste, l’économiste, l’historien, le mathématicien, l’ingénieur, le médecin, etc. découvre d’abord les bases scientifiques africaines qui ont fait preuve dans sa discipline, parfois depuis des millénaires, avant de brandir les résultats scientifiques pour la plupart de l’occident. Il parviendra ainsi plus facilement à une synthèse d’innovation capable d’équilibrer l’Afrique d’aujourd’hui. Les 4 premiers doctorants mettront sur la table le résultat de leurs travaux de doctorat/PhD pendant ces rencontres de novembre 2019.

Les nouvelles technologies de l’information et le cinéma nous réserveront peut-être quelques belles surprises en novembre …

Pour saluer et encourager ces avancées multiples, le Ministre d’Etat de l’Enseignement Supérieur vient d’autoriser à la Fondation AfricAvenir International la création en mai 2019 de deux instituts d’enseignement supérieur, notamment :

L’Institut Supérieur des Sciences Sociales et de Technologie pour la Renaissance Africaine (ISSTRA) à Douala et

AfricAvenir's Higher Institute of Social Sciences and Technologies (IHISST) à Yaoundé

Permettre à un plus grand nombre d’étudiants et chercheurs de bénéficier des acquis de la recherche sur l’héritage scientifique des peuples africains, insérer ce legs africain dans les inventions modernes et relever ainsi de grands défis pour notre planète et au-delà :

Voilà donc la trajectoire de la Fondation AfricAvenir International que nous vous invitons à célébrer ensemble les 25 et 26 novembre 2019 dans une approche de pluridisciplinarité et de diversité.

Soyez les bienvenus et n’hésitez pas à remplir la fiche d’inscription et nous la retourner au plus tôt.

A très bientôt !

Prince Kum’a Ndumbe III

Professeur Emérite des Universités, Ecrivain

PDG de la Fondation AfricAvenir International

 

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La Fondation AfricAvenir International est une Organisation Internationale non gouvernementale à but non lucratif basée à Douala au Cameroun et dont l’objectif est d’œuvrer pour la Renaissance africaine, le Développement endogène, la Coopération internationale et la Paix durable. Fondée en 1986 par son promoteur le Prince et Professeur Kum’a Ndumbe III.

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