mardi, 19 février 2019 15:32 Écrit par

La Bibliothèque Cheikh Anta Diop

Évaluer cet élément
(1 Vote)

LA BIBLIOTHEQUE CHEIKH ANTA DIOP EST UNE ŒUVRE DU PRINCE KUM’A NDUMBE III, DIOPIEN DE LA PREMIERE HEURE. ELLE SE LAISSE DECOUVRIR DANS LA PERSPECTIVE DE LA QUETE DE SOI ET SURTOUT DANS LA PERSPECTIVE DE L’AVENEMENT DE LA RENAISSANCE AFRICAINE.

Comme l’écrit le professeur BIYOGO : « recourir aux héritages de la vallée du Nil, pour l'Afrique, c'est non seulement se retrouver avec son passé historique prodigieux et se réapproprier ses inventions - devenues depuis celles de l’humanité entière -, mais c'est encore et surtout se réinventer soi-même un nouvel homme, un bâtisseur, capable de créer une nouvelle civilisation humaine dé-falsificatrice et digne du rêve galvaude du vivre-ensemble... »

De l’avis même du professeur  CHEIKH ANTA DIOP : "L'Africain qui nous a compris est celui-là qui, après la lecture de nos ouvrages, aura senti naître en lui un autre homme, animé d'une conscience historique, un vrai créateur, un Prométhée porteur d'une nouvelle civilisation et parfaitement conscient de ce que la terre entière doit à son génie ancestral dans tous les domaines de la science, de la culture et de la religion."

 In, Civilisation ou Barbarie : Anthropologie sans complaisance, p. 12.

AfricAvenir International nous invite par cette petite balade à redécouvrir le Maitre CHEIKH ANTA DIOP dans l’optique de l’appropriation du paradigme diopien, dans la reconstitution de la mémoire collective africaine et la reconstruction de la conscience historique nègre, mise à mal par le projet colonial. Et pour se faire, écoutons ce que dit l’un des lecteurs acharné d’une pensée, le Diopisme : le Shemsu Maât Grégoire Biyogo (de l'Institut Cheikh Anta Diop (ICAD), de l'Université panafricaine de la Renaissance (Uhem Mesut) et de la Société savante Internationale Imhotep (SSII) et du Comité International des Savants africains...).

Il commence par retracer les péchés capitaux de la lecture partielle de DIOP,  puis présente les tensions internes à cette pensée, pour finir par nous donner la méthode de lecture indiquée.


I-LES PECHES CAPITAUX AUTOUR DE LA LECTURE DE DIOP...
L'on a jusqu'ici pris la mauvaise habitude de lire Diop en commentant simplement les thèses, et plus rarement les ouvrages. De la sorte, on en a produit une lecture à la fois parcellaire et faible, très peu attentive à la signification du contenu global de son travail, confinée aux commentaires sectaires et caricaturaux, et bientôt au bavardage.
En effet, on l'a durablement mal lu : soit en répétant ses thèses, souvent moins bien que l'œuvre elle-même ne le faisait, sans en reconstituer minutieusement les hypothèses. Soit en simplifiant à l'extrême les positions de "Nations nègres et Culture", de "Antériorité...", et plus rarement de "Les Fondements..." ou de "Civilisation", sans vraiment en référer réellement aux textes eux-mêmes, dans leur composition, leur impulsion, leur compulsion, tirées de l'économie générale de la quinzaine de textes par sa main écrits, pour localiser la naissance, l'évolution interne de la pensée, les bifurcations inévitables, les continuités complexes ou même les éventuels renoncements. Les commentaires pressés en ont fait une pensée linéaire, moniste, un bloc invariable, un massif identique, alors même que Diop, élève de Bachelard, tient que la science progresse par rectification des mauvais énoncés, et que lui-même a sans cesse apporté des 'Réponses" aux objections qui étaient faites sur son œuvre, en procédant par réajustement et par synthèse.


II- AU-DELA DU REDUCTIONNISME : LES TENSIONS INTERNES D'UNE PENSEE NOMMEE LE DIOPISME.
De la sorte, le diopisme s'organise dans les termes d'une tension interne, laquelle s'ouvre avec les thèses de 1954 et de 1960, se prolonge jusqu'en 1981, avec son ouvrage testamentaire, "Civilisation ou barbarie...".
Quant à la périodicité, l'on gagnerait bien à identifier trois moments : celui de la quête de l'origine égypto-nubienne de l'Afrique, puis celui de son édification formelle, et les perspectives d'une science ouverte à la philosophie et à la tolérance, et de l'édification de l'Etat fédéral...
Pour ce qui est de sa biographie intellectuelle, le même reproche consternant, la même mésintelligence : l'on ne fait ni l'effort de risquer une théorie des cycles, et moins encore celui autrement plus important de dégager une généalogie de la pensée diopienne, permettant d'en comprendre les filiations intellectuelles... : D'abord le cycle de l'Enfance au Sénégal jusqu'à l'obtention des 2 Baccalauréats. Ensuite, la formation parisienne, avec les 10 influences intellectuelles décisives qui façonneront sa pensée, jusqu'à la soutenance de doctorat de 1960. Le troisième moment est celui des 21 ans passés par le savant au Sénégal, ostracisé par l'Université sous Senghor (1960-1981). Et enfin, la consécration universitaire (1981-1986).

Par ailleurs, l'on omet sans cesse d'établir que cette œuvre comporte 5 axes : celui du renversement du paradigme erroné des études africaines (I), celui politique de la conquête de l'indépendance et de la construction de l'Etat fédéral africain (II), celui historique et égyptologique de l'édification des Antiquités africaines (III), celui des sciences humaines et sociales rénovées sur fond des Antiquités égypto-nubiennes (IV), l'axe de la science (physique, biologie, mathématique, archéologie) et de la philosophie réconciliée avec la science comme terreau de la Renaissance tous azimuts des temps modernes (V).

IIII-QU'EST-CE QUE LIRE ? POUR UNE LECTURE REVOLUTIONNAIRE DU TEXTE DIOPIEN.
Lire ici, lire Diop, ce ne sera jamais plus le réciter, ni le répéter, ni même en commenter arbitrairement les séquences, ou les œuvres, mais prendre le temps de lire la totalité de ses textes (sous l'angle holistique et typologique : thèses, ouvrages, articles, conférences, colloques, textes sur Diop, puis commencer à l'interroger de fond en comble à l'aune d'une ou de plusieurs méthodes. Point de lecture sans méthode, sans grille de lisibilité et d'interprétation du texte. L'auteur de cette réflexion a produit trois ouvrages sur Diop, avec une première lecture poppérienne ("Aux sources égyptiennes du savoir I : Généalogie et enjeux de la pensée de Cheikh Anta Diop"), la seconde lecture est systémique ("Aux sources égyptiennes du savoir II : Cheikh Anta Diop et la destruction du Logos classique"), lorsque la troisième est épistémologique et Rortyenne ("Manifeste pour lire autrement Cheikh Anta Diop")...
Lire, c'est subvertir l'œuvre, c'est en dégager la substratum, c'est la penser, la repenser, pour elle-même et avec l'état de la recherche, la porter jusqu'au-delà de ses énoncés, pour en nommer ce que Jacques Derrida nomme l'événement interne, celui qui se joue en son sein, et que la véritable lecture, celle du spécialiste est tenu de localiser, de faire voir, de formuler. L'événement de l'œuvre ne se peut énoncer en la répétant paresseusement, en la commentant de manière hasardeuse, tautologique, scholastique et involutive, mais en descendant jusqu'au tréfonds de son programme méthodologique, heuristique, herméneutique et épistémologique, pour indexer les lieux d'inscription des résultats, et par-dessus tout, la décision inaugurale qui fait éclater la misère du sens dominant autant que celle des choses dites, la misère de la bienpensance, de la stagnation de la pensée, de l'unidimensionnalité de la réflexion, il s'agit chez diop d'un geste majeur : faire éclater la syntaxe de l'imposture sur la vérité. Le partage critique de la lecture est aujourd'hui cela qui ne se contente plus de l'œuvre en l'état, de la citer sans la transborder, la redire avec tiédeur sans la réinventer, mais s'oblige à chercher ce que renverse l'œuvre elle-même dans l'histoire de la discipline, des sciences humaines, sociales, dans l'histoire de la lecture, de la recherche, des définitions, de la signification de l'œuvre, par-delà le sens galvaudé, rigidifié, tenu cependant pour orthodoxe... contre la convenance, le continuum dominant du sens, son institutionnalisation sans différance ni variation. Car les œuvres révolutionnaires rompent avec les connaissances dominantes, elles ruinent leurs violences, leurs ruses, leurs postures autoritaires et leur prétention à l'immuabilité...

LIRE OU DE-LIRE ?
Lire Diop, pour nous, déconstructivistes et anti-essentialistes derridiano-rortyens, c'est mettre le doigt sur la façon dont il déconstruit le système de pensée, de principes, de méthodes, de concepts, de lectures, de normes, de définitions, et de contre-vérités, lesquels sont faussement considérés comme un système de vérités stables, absolues, immuables; indépassables.
En somme, lire Diop, c'est déstabiliser l'illusion des vérités stables. C'est aussi commettre le parricide suprême sur le Dieu caché qui aliène et dénature la vérité et les valeurs pour les dés-essentialiser. Et ce partage critique de la lecture est aussi un partage critique de la Raison elle-même. Car, lire ici, c'est rendre lisible l'événement de destruction des mensonges de l'institution philosophique; politique, religieuse, les flagrants délits de tricherie de la science et les contradictions autant que les violences de la Raison... Contre les Religions coupables de toutes formes d'instrumentalisations, et de monstruosités (à distinguer radicalement du Dieu qu'elle célèbrent, et de la Foi en soi), contre la science devenue mensongère et ce Logos falsificateur, logocentrique, phallogocentriue, Diop oppose à la science normale, une science nouvelle, autre, et un tout-autre partage critique de la Raison, lisible par tous les savants, par-delà les facteurs subjectifs, idéologiques et les critères arbitraires et illogiques. Lire, c'est "tuer" symboliquement cela qui tue impunément, c'est déverrouiller cela qui verrouille, c'est renverser l'ordre tyrannique et impulser la liberté créatrice universelle au fondement des échanges inter-humains. En cela, il y a bien un moment sado-nietzchéen du diopisme. Lire par temps de crise, c'est re-mettre la Maât à la place de la Bête, c'est commettre l'acte athanatologique contre la résurgence de la décadence et de la Barbarie... Lire, c'est tuer les mensonges d'Etat, tuer la Bête et contraindre la Raison à se départir des réflexes de la tyrannie, de la hiérarchisation, de l'uniformisation, de l'identitatrisme, en faveur de l'ouverture d'un tout-autre horizon de pensée, ce que je nomme l'urgence de "l'autrement-penser" est l'événement cataclysmique du texte diopien. C'est revenir au fondement de chaque œuvre, de la Religion, de la science et de la Raison gît un Monstre qui atrophie la vie et la liberté... Et dont l'acte de lecture est partage de vigilance critique débouchant sur sa "mise à mort symbolique". En ce revenir éternel, en cette Revenance, se tient l'événement inauguré par le texte diopien, par-delà toute tautologie, avec le vertige de la redondance, tout commentarisme scholastique sans nouveauté, toute misère du verbe lire, et toute caricature du verbe penser...
Avec Diop, le verbe lire a cessé d'ête une tricherie, un réductionnisme, pour s'apparenter au jeu de la vie tétanisant sans cesse la mort. Le tout du diopisme tient en effet sur trois propositions stochastiques terribles :

1- Ou l'on sait lire sa propre identité - son histoire - et l'on survit à tout négativisme, à tout Révisionnisme, ou on ne la sait pas lire et l'on en meurt...
2-Ou l'on veut lire le Livre du Monde seul, sans et contre les Autres et l'on habite la Terre tyranniquement, et on se sclérose, ou on le lit avec les Autres et l'on sauve le Monde (sa possibilité même, autant que celle du vivre-ensemble).
3-Ou on lit les origines du Monde avec l'Afrique et on sauve la science, ou on lit les origines sans l'Afrique et on falsifie la science, on l'idéologise, on en dément la scientificité.
4-Dans tous les cas, nous avons à choisir entre le fait de lire pour libérer la vie et la spaience ou de dé-lire pour la confisquer, et tétaniser la liberté et la sapience.
5-Choisir le fait de continuer de lire une Histoire qui s'écrit en effaçant les visages et les héritages des Autres ( selon le modèle de l'hegelianisme) ou celui d'écrire une Histoire reflétant tous les parcours, tous les étants, depuis les objets et des choses, les êtres, jusqu'aux hommes, autant que la Nature et l'Absolu, le Tout Autre.
La responsabilité de l'écriture de l'Histoire, des sciences et de la pensée philosophique appartenait jusqu'ici à ceux qui en décidaient par la Force pour imposer leur vision entéléchique du monde, leurs relectures autoritaires des origines, leur confiscation de la puissance, leur vision unilatérale, moniste, uniste et bientôt inique qui pourraient bien aujourd'hui la dé-faire de son magistère ? La Nouvelle responsabilité, celle d'une science d'une pensée et d'un Monde en cours de Mondialisation, pourrait revenir à ceux qui décident d'écrire ensemble UN AUTRE MONDE sans épochaliser les singularités ni diluer les altérités...Un monde qui assumerait le risque de se mondialiser, un Monde mondialisé découvre avec étonnement - au sens philosophique de la curiosité de la découverte - les points de vue autres, ceux du Monde de la Marge, du Monde dans sa différence, sa complexité, sa multiplicité, sa compétitivité ouverte, et dont la mondialité même est discutée par tous et non dans l'étroitesse et la violence ataviques des institutions actuelles régentant les échanges, les Lois, la Religion, le vivre-ensemble sous le signe de l'exclusion du Monde...Seule une nouvelle éthique de la recherche et de la découverte scientifiques attentives à la chance pour la complexité, de reproduire sans cesse la modélisation des variations, des turbulences paradigmatiques, des croisement et des permutations ouvertes prépare à ce défi pour une vision du monde qui prépare véritablement les esprits à se mondialiser.

Lu 329 fois Dernière modification le vendredi, 12 juillet 2019 18:03
logo icone Converti mod AAF colorrr
La Fondation AfricAvenir International est une Organisation Internationale non gouvernementale à but non lucratif basée à Douala au Cameroun et dont l’objectif est d’œuvrer pour la Renaissance africaine, le Développement endogène, la Coopération internationale et la Paix durable. Fondée en 1986 par son promoteur le Prince et Professeur Kum’a Ndumbe III.

Souscrire aux notes d'informations

Nous trouver à

MAIN OFFICE:
BP.: 9234 Douala Viè Bonabéri Cameroun

00237 695554498
secretariat@fondationafricavenir.org

Lundi - Vendredi : 8h00 - 18:00
         Samedi : 8h00 - 14h00 ; Dimanche : Fermé

Envoyez-nous un message