Quand on t’a volé ta culture, on t’a volé ton âme, et te développer, émerger, devient une illusion, une perte d’énergie sans fin

Quand on t’a volé ta culture, on t’a volé ton âme,

et te développer, émerger, devient une illusion, une perte d’énergie sans fin[1]

Prince Kum’a Ndumbe III, Prof. Dr. Dr. Phil. Habil. (Emeritus)

 Fondation AfricAvenir International

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I - Violence spirituelle, violence coloniale

Michel Leiris, célèbre écrivain et ethnologue français, en compagnie de Marcel Griaule, le non moins célèbre écrivain et ethnologue parisien, avait noté ceci dans son journal d’une expédition en Afrique :

« Griaule prend deux flûtes et les glisse dans ses bottes… Au village suivant, je repère une case de Kono à porte en ruine, je la montre à Griaule et le coup est décidé. […] Griaule décrète alors, et fait dire au chef de village par Mamadou Vad que, puisqu’on se moque décidément de nous, il faut en représailles, nous livrer le Kono en échange de 10 francs, sous peine que la police soi-disant cachée dans le camion prenne le chef et les notables du village pour les conduire à San où ils s’expliqueront devant l’administration [coloniale, ndlr]. Affreux chantage !... D’un geste théâtral, j’ai rendu le poulet au chef et maintenant, comme Makan vient de revenir avec sa bâche, Griaule et moi demandons que les hommes aillent chercher le Kono. Tout le monde refusant, nous y allons nous-mêmes, emballons l’objet saint dans la bâche et sortons comme des voleurs, cependant que le chef affolé s’enfuit et, à quelque distance, fait rentrer dans une case sa femme et ses enfants en les frappant à coups de bâton. Nous traversons le village, devenu complètement désert, et dans un silence de mort, nous arrivons aux véhicules... Les 10 francs sont donnés au chef et nous partons à la hâte, au milieu de l’ébahissement général et parés d’une auréole de démons ou de salauds particulièrement puissants et osés…

 Avant de quitter Dyabougou, visite du village et enlèvement d'un deuxième Kono que Griaule a repéré en s'introduisant subrepticement dans la case réservée. Mon cœur bat très fort, car, depuis le scandale d'hier, je perçois avec plus d'acuité l'énormité de ce que nous commettons...

  Griaule et moi regrettons que dans cette région il n'y ait plus de Kono. Mais pas pour les mêmes raisons ; ce qui me pousse quant à moi, c'est l'idée de la profanation. »

 

[1] Conférence prononcée par le Prince Kum’a Ndumbe III au colloque du CERDOTOLA, Yaoundé, 18-21 juin 2015

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