Le projet Africa’s Collective Memory, un modèle exemplaire pour les initiatives privées et publiques

L’une des plus grandes satisfactions du Projet Africa’s Collective Memory est de constater l’engouement encourageant dont fait preuve le public qui le découvre. Et plus encore, nous nous réjouissons qu’à la suite de ce projet, de nombreuses autres initiatives naissent aujourd’hui dont le focus est la préservation de la mémoire collective du Cameroun et de l’Afrique. C’est par exemple le cas de la soirée historique et pluriculturelle qui eut lieu le jeudi 17 mai 2018 de 18h30 à 21h à l’esplanade du Musée National, soirée accompagnée par le Ministère des Arts et de la culture du Cameroun. A ce grand moment dédié à la mémoire du peuple africain et bassa en particulier, le Projet Africa’s Collective Memory était une fois de plus visible. Deux de ses publications (dans la collection Quand les Anciens parlent…) étaient mises en l’honneur. Il s’agit de : Les Bassa dans le Njockmassi colonial et On a pendu neuf à la fois, c’est comme ça ici, Gesagt, getan ! Le premier dévoile les témoignages du vieux patriarche Pegha André sur la colonisation dans la zone de la Sanaga Maritime et dans le Cameroun en général. Le second quant à lui donne également le témoignage d’un ancien maitre et directeur d’école primaire sur la présence allemande et française en pays bassa et bakoko.

Ce fut une soirée extraordinaire qui avait au programme un film documentaire intéressant réalisé par Clément Tjomb sur le site mythique des travaux forcé de Njock, une exposition de photos historiques. Puis s’en suivit une adaptation théâtrale d’un texte du M. Jacob Nyobe qui prit le soin de présenter au public le projet Africa’s Collective Memory. Ce fut une expérience très enrichissante qui a permis aux Camerounais de communier avec leur mémoire et leur passé historique.

 

Quand les Anciens parlent ...

Les Basaa dans le « Ǹjɔkmasi » Colonial !
Témoignages du vieux Papa Pegha André sur la colonisation

« Mais je t’ai déjà dit que les Allemands étaient ici par dictature. Eux, les Ndog-Hem s’étaient farouchement opposés à leur installation ici… Les Allemands ont usé de leur force pour instaurer l’enseignement scolaire. Tu m’as bien compris ? Pour eux, l’école c’était juste contraint et forcé. Moi-même j’y suis allé par contrainte. Personne n’y allait de bon gré !... Bien sûr qu’on fouettait ! Quelle question !… Tous les prisonniers étaient destinés aux travaux forcés, et ce chantier de Njock était le plus grand foyer de maltraitance. Lorsqu’on t’y envoyait, il n’y avait pas pire punition… Les travaux forcés de « Ǹɔk » étaient menés de mains de fer par les Blancs. Si le Blanc arrive dans une contrée et te prend quelque chose, tu pouvais parler au nom de quoi ? Tu vas parler où ? Eh abomination !... Nos corps étaient recouverts de contusions du fait à la fois de l’insalubrité ambiante à l’intérieur de nos baraquements et du mauvais traitement. Les Allemands ont détruit nos sciences « dììgo », et se sont déplacés vers d’autres lieux… Rien ne pouvait être engagé sans consultation préalable des « ŋgambi ». On avait donc par ce moyen une vue de la conception de son épouse, du sexe de l’enfant qu’il y a dans le ventre. On connaissait le sexe du bébé dès sa conception. Un prétendant pouvait ainsi réserver la main de sa future épouse pendant qu’elle est encore dans le sein maternel ».

Que n’apprendra-t-on pas des précieux témoignages des 176 vieux Camerounais sur la période coloniale allemande au Cameroun ! Quand les Anciens parlent… les révélations inédites continuent d’afflr. Ce volume porte la voix d’un vieux Basaa, Papa Pegha André, livrant sa version des faits et son expérience avec la colonisation européenne au Cameroun.

Quand les Anciens parlent ...
On a pendu neuf à la fois… c’est comme ça ici ! Gesagt, getan !
Témoignage du vieux Bakoko d’Edéa Omog Thomas Franz sur la colonisation

« … les missionnaires faisaient partie de l’administration. Quand il y avait un grand tribunal, il fallait un prêtre catholique… Jamais de condamnation à mort sans prêtre. (Il y a des prêtres qui soutenaient la condamnation à mort) quand il y a eu fait très clair : quelqu’un a tué l’autre… lorsque les Allemands étaient délogés… euh… il y avait des partisans, quelques-uns qui donnaient déjà des renseignements aux Français. Alors les Allemands le sachant, tiraient sur les Africains, lorsqu’ils voyaient quelqu’un. Alors, on était protégé par les Français. J’étais au village. Et plus tard l’administration voyant que des soldats allemands tiraient sur les indigènes… on leur donnait un refuge à l’île. L’île d’Edéa ».
Thomas Omog, 89 ans. La voix ferme et l’esprit lucide, il livre son témoignage dans une interview menée et enregistrée par le regretté Wang Sonne à Edéa, le 14 décembre 1983. 35 ans plus tard, cet enregistrement est actuellement publié pour la première fois dans le cadre du projet « Collective Memory » piloté par le Prince Kum’a Ndumbe III. Enseignant de formation et directeur d’école primaire à la retraite au moment de l’interview, Papa Thomas Omog délie sa langue et nous laisse lire en lui tel un livre d’histoire. Il revient sur ces souvenirs tristes et heureux de la période allemande qui ont façonné sa vie et son regard sur le monde. Il parle des mésaventures de son peuple sous la contrainte coloniale, de la restructuration de l’environnement sociopolitique, religieux, économique et bien d’autres encore. Dans cette monographie, il dévoile sereinement ses précieux souvenirs marqués par un souci presque obsessionnel du détail peu commun aux vieux de cet âge

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